lundi 25 mai 2026

Et comment viennent-ils ?

 

 la forêt enchantée - photo fabian da costa
 
 
 

 Et comment viennent-ils ?

    Oui, comment viennent-il ces visiteurs de l’ombre, ces visiteurs des songes, comment viennent-ils nous visiter, nous parler ? Ils passent dans un rêve dont on se souvient comme d’un éclair de vérité dans l’ordinaire des jours. Ces rêves que l’on ne peut oublier, dont on ne peut se défaire.

    Ils traversent nos nuits une torche à la main, ils nous montrent un chemin où nous devrons marcher, sans carte ni boussole. De ceux qui se font juste en avançant un pas après l’autre, et c’est tout. La route est longue qui mène on ne sais où, mais la certitude est là qui ne nous lâche pas – il y a là-bas quelque chose pour moi, un visage à découvrir, une parole à entendre.

    Et la vie passe et le temps passe. Du temps trop plein et du temps perdu. Et vient un voile, une brume qui n’efface pas mais estompe le souvenir de moins en moins brûlant d’une nuit particulière.

    Jusqu’à ce que là, juste au secret de l’âme, se creuse un vide, une évidente absence. Exactement ce qu’il faut d’inconfort pour rappeler le souvenir du visiteur nocturne qui ne se laisse pas oublier.

     La question change alors : ce n’est plus comment est-il venu - mais bien comment va –t-il revenir ? Et plus encore, va-t-il revenir celui dont je n’ai pas honoré la visite ? Depuis tant d’années voudra-t-il encore traverser les mondes et rencontrer le mien ?

     Il est impossible de commander aux ombres, de leur dire : je veux que tu reviennes me visiter cette nuit, maintenant je suis prête à t ‘entendre, à te suivre. Non, cela ne marche pas ainsi, et les nuits n’apporteront rien que des rêves fumeux, de ceux dont on n’arrive pas à se souvenir.

    Il fallait juste comprendre que ces voyageurs particuliers ne prennent pas toujours le même moyen de transport, ne s’habillent pas toujours de la même manière, ne se montrent pas sous le même aspect.

     Ils ont en fait un humour tendre et délicieux. On les attend tels que nous les avions vu, majestueux, impressionnants. On voudrait les voir marchant vers nous au milieu des éclairs et au son de musiques angéliques, pour nous révéler enfin la mission de notre vie.

    Et bien non – à nous d’être attentifs, vigilants, car maintenant leurs visites se feront fugaces et imprévisibles. Il arrive que le vent ne se manifeste que par la feuille de l’arbre qui danse sur sa branche. Les présences de l’invisible sont ainsi. 

     C’est un livre déjà lu qui s’ouvre sur une page écrite rien que pour nous, à l’instant présent. L’émotion cent fois connue, d’un coucher de soleil. Le regard du chat qui plonge dans le nôtre un abime doré. Un geste quotidien, pareil à tous les autres, mais qui éveille soudain une onde de chaleur, un grésillement nouveau. 

    Et la certitude absolue que la rencontre est là, que notre voyageur est revenu, déguisé en peu de choses, habillé de rien du tout, mais qu’il est bien là et qu’il ne reste plus qu’à l’écouter. L’écouter et rire ensemble. Car en fait l’un des grands secrets à découvrir est celui-ci : cette joyeuse vibration, ce sourire intérieur, sont bien les signes que la rencontre est vraie, que le rendez-vous a bien eu lieu.

 



lundi 18 mai 2026

Le village où l'horloge est une fleur


 

Impression sur fond d'or Fabian da Costa 
 
 
 
 
    C’est un livre retrouvé, offert voici quelques années par une amie indianiste distinguée, qui en avait assuré la traduction. Un livre revenu à la surface de l’océan de bouquins qui m’entoure. L’auteur, Kedarnath Singh, poète indien, est né dans les années trente dans un petit village de l’Uttar Pradesh.


    Et dans son village une école, semblable certainement à celles que nous connaissons là-bas – un toit, quelques murs, une longue galerie en plein air et des enfants parfois assis par terre, leurs genoux pour pupitres. Dans cette école, pas d’horloge pour sonner midi, l’heure de la fin des classes. Non pas d’horloge, seulement une magnifique fleur rouge incandescent, la dupahariya, qui s’épanouit à midi, ouvrant en même temps les portes de l’école et faisant naître de surcroit, un poète de plus sur la terre des hommes.

    Naissance précieuse entre toutes, et dans ces temps moroses, je les nommerai volontiers, “ biens essentiels “ à l’âme et au cœur.


    Ce livre que je lis et relis en ce moment, “ Dans un pays tout plein d’histoire…“ contient un long poème sur “ Bâgh “, le tigre. En Inde les tigres après avoir servi trop longtemps aux tableaux de chasse des maharadjas et des occupants anglais, sont protégés, choyés. Ils ont été et demeurent encore des êtres mythiques, admirés et craints des humains qui empiètent trop souvent sur leurs territoires traditionnels.


    Mais chez un poète le tigre est plus encore. C’est une présence furtive et pourtant bien visible, qui parle aux oiseaux, aux paysans, à Bouddha, porteur d’une redoutable innocence, d’une incomparable justesse.


    Je ne sais pas ce qu’il en sera de vous, mais moi je sais que sur ses pattes de silence, si je l’appelle doucement, il vient à ma rencontre, plonger ses yeux dorés dans les miens. Vous ne saurez pas ce qu’il me dit. Essayez, vous verrez bien…Pour chacun de nous le regard du tigre est un secret.

 A.d.C. 





 


dimanche 16 novembre 2025

La nuit du coeur juste avant l'aube

photo fabian da costa


''  Qui peut se faire neuf sans avoir d’abord été détruit ? ''

                                            Lou Andréa Salomé                                                            

    «  Veilleur où en est la nuit ? «  demande l’âme angoissée au prophète Isaïe - celui qui veille encore debout sur les remparts d’un monde assiégé par les ombres de la mort.

    La nuit du cœur, celle-là qui vient sans prévenir, aussi brusquement tombée que là-bas sous les tropiques, où elle efface en un instant la clarté du jour.

    Et le veilleur de répondre : «  Vient le matin et puis la nuit. Si vous le voulez, interrogez, convertissez-vous, revenez. »

    Et ainsi de la vie – du blanc et du noir, de la joie, du désespoir. Veilleur, où en suis-je de ma nuit, celle du coeur brisé ? Il y en aura bien d’autres encore, des plus claires et des plus sombres, et des aubes également. Le prophète ne ment pas, ne rassure pas à peu de frais : oui, l’aube viendra, annonciatrice du jour, mais la nuit suivra avant que le matin ne la chasse à nouveau.

    J’ai cessé de croire à ce temps découpé en tranches : celle du passé, celle du futur, et coincée entre les deux, le présent qui disparaît à chaque seconde sans que je puisse le retenir. Non, c’est moi qui me déplace des unes aux autres, et selon que je choisis de me poser sur l’une ou l’autre, ma vie n’est plus la même.

    Ou bien encore, et c’est ce que je préfère, ce temps est une spirale infinie, où se rejouent les mêmes séquences que je peux voir à chaque passage d’un peu plus haut, d’un peu plus loin. Paysage qui se révèle quand le marcheur s’élève et découvre, récompense de l’effort, ce grand livre ouvert qu’il ne pouvait ni lire ni comprendre, de trop près, de trop bas.

    Ce qui était désordre s’organise, ce qui l’interrogeait prend sens. C’était donc cela ce labyrinthe épuisant, ces impasses trompeuses, cette route interminable ?

    Cette carte mentale qui s’ouvre, se dévoile, se développe, se déchiffre mieux, s’explique en partie du moins. Car il ne faut pas rêver, livre, carte, plan, rien de tout cela ne sera définitivement connu. Et c’est sans doute le plus difficile, en tous cas pour moi - savoir que rien ne sera jamais fini, abouti, terminé. Que pas plus que ne s’arrêtera la danse des atomes, notre danse à nous, ne se terminera, et encore, ce n’est pas certain, que lorsque nous verrons l’autre côté de la toile. 

 A.d.C 


















lundi 20 octobre 2025

Ceux-là et les autres

Lisbonne - photo fabian da costa

 

    Ceux-là - sont nés dans un port, les autres pas. Ceux-là ont eu dans leurs oreilles, dès qu'elle s'ouvrirent aux bruits du monde, les sirènes des bateaux, la plainte lugubre des cornes de brume dans les nuits de novembre. Ils ont vu tourner sur les quais les grandes ailes des grues qui arrachaient du ventre des navires, les chargements de bananes, de café, d'arachides. 

    Ils savent que le temps va changer à la prochaine marée, et en toute innocence ils parlent des bittes avec deux TT - celles où s'enroulent les cordages des bateaux.

     Où que la vie les entraîne, ils ne peuvent oublier le cliquetis des haubans, le claquement d'une voile qui s'ouvre, le clapotis de l'eau contre les digues. Ils savent que le phare s'éveille à la tombée du jour pour lancer toute la nuit, un chemin lumineux entre les hommes de la terre et les hommes de la mer. 

     Ceux-là, et j'en suis, ne serons jamais d'autre part que d'un rivage perdu. Mais si vous les mettez dans n'importe quelle ville maritime où ils ne sont jamais allés - ils vont flairer le vent regarder le ciel, et vous dire avec aplomb : c'est par là. Et ils se trompent rarement.

     Ceux-là ont un secret bien gardé. Quand ils pleurent, ils savent que du bout de la langue ils peuvent cueillir quelques gouttes d'eau salée venue de leur mer intérieure. Les autres pas. 

 A.d.C 

     





   



















 

 

dimanche 21 septembre 2025

le Chat et la Foi

photo personnelle
 
 
 

Le Chat et la Foi

   

     Je n'AI pas de chat et je n'AI pas la foi. Bon, maintenant je développe. Vous tous, amis qui avez le bonheur de vivre avec un chat, vous allez tout de suite comprendre ce que veux dire.

    Le chat qui me fait l'honneur d'habiter chez-nous ne m'appartient pas. Il entre et il sort quand il veut, il dort là où il l'a décidé, et en général l'hiver sur mes pieds. Il ne vient jamais sur mes genoux quand j'en ai envie, mais n'hésite pas à s'y installer de force lorsque je travaille, couvrant des poils de sa queue le clavier de l'ordinateur. Il a décidé que le meilleur endroit pour dormir toute la journée était mon fauteuil de bureau et je me suis résignée, comme en ce moment même, à me contenter d'un tabouret en bois particulièrement dur – c'est bon pour le dos.

     Et bien, je n'AI pas la foi non plus. Je ne l'ai pas comme une assurance tout risque, comme un bien propre, comme ce quelque chose à moi dont je pourrais user à ma guise. Bien sûr la foi ne peut se comparer avec un chat. Quoique, insaisissable, invisible, silencieuse...Mais aussi, douce, chaude, enveloppante, et parfaitement incompréhensible.

    Donc le verbe avoir ne me convient pas, je préfère parler d'amour, d'accueil et d'abandon à ce qui vient à moi. Voilà, ais-je un chat ? ais-je la foi ? Les deux seront un éternel mystère.  

A.D.C. 



 

vendredi 12 septembre 2025

Rouge...

Musée Miro à Barcelone - Fabian da costa

 

Devant le rouge ardent

d'un buisson d'automne.

Silencieux, vide et sans pensées.

fermer les yeux jusqu'au noir,

au noir d'encre sous les paupières.

Les rouvrir sur un premier

matin du Monde.

A.D.C 

dimanche 7 septembre 2025

Le carnet bleu 
 
 
Vraie ldouceur qui vient 
Quand tout est amertume.
Vraie la paix qui s'étend
Au-dessus du chaos.
Vraie l'amour retrouvé 
Quand rien ne lui ressemble.
Sur la fine pointe d'une aiguille
Lui seul demeure.
 
A.D.C. 

Et comment viennent-ils ?

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