Lisbonne - photo fabian da costa
Ceux-là - sont nés dans un port, les autres pas. Ceux-là ont eu dans leurs oreilles, dès qu'elle s'ouvrirent aux bruits du monde, les sirènes des bateaux, la plainte lugubre des cornes de brume dans les nuits de novembre. Ils ont vu tourner sur les quais les grandes ailes des grues qui arrachaient du ventre des navires, les chargements de bananes, de café, d'arachides.
Ils savent que le temps va changer à la prochaine marée, et en toute innocence ils parlent des bittes avec deux TT - celles où s'enroulent les cordages des bateaux.
Où que la vie les entraîne, ils ne peuvent oublier le cliquetis des haubans, le claquement d'une voile qui s'ouvre, le clapotis de l'eau contre les digues. Ils savent que le phare s'éveille à la tombée du jour pour lancer toute la nuit, un chemin lumineux entre les hommes de la terre et les hommes de la mer.
Ceux-là, et j'en suis, ne serons jamais d'autre part que d'un rivage perdu. Mais si vous les mettez dans n'importe quelle ville maritime où ils ne sont jamais allés - ils vont flairer le vent regarder le ciel, et vous dire avec aplomb : c'est par là. Et ils se trompent rarement.
Ceux-là ont un secret bien gardé. Quand ils pleurent, ils savent que du bout de la langue ils peuvent cueillir quelques gouttes d'eau salée venue de leur mer intérieure. Les autres pas.
A.d.C
