mardi 19 août 2025


 

La Fontaine de Mercure - Calder - Fondation Miro - Barcelone 
photo fabian da costa 
 
 
 La nuit du cœur juste avant l’aube

     «  Veilleur où en est la nuit ? «  demande l’âme angoissée au prophète Isaïe - celui qui veille encore debout sur les remparts d’un monde assiégé par les ombres de la mort.

     La nuit du cœur, celle-là qui vient sans prévenir, aussi brusquement tombée que là-bas, sous les tropiques, où elle efface en un instant la clarté du jour.

     Et le veilleur de répondre : «  Vient le matin et puis la nuit. Si vous le voulez, interrogez, convertissez-vous, revenez. »

    Ainsi de la vie – du blanc et du noir, de la joie, du désespoir. Veilleur, où en suis-je de ma nuit, celle du coeur brisé ? Il y en aura bien d’autres encore, des plus claires et des plus sombres, et des aubes également. Le prophète ne ment pas, ne rassure pas à peu de frais : oui, l’aube viendra, annonciatrice du jour, mais la nuit suivra avant que le matin ne la chasse à nouveau.

     J’ai cessé de croire à ce temps découpé en tranches : celle du passé, celle du futur, et coincé entre les deux, le présent qui disparaît à chaque seconde sans que je puisse le retenir. Non, c’est moi qui me déplace des unes aux autres, et selon que je choisis de me poser sur l’une ou l’autre, ma vie n’est plus la même.

    Ou bien encore, et c’est ce que je préfère, ce temps est une spirale infinie, où se rejouent les mêmes séquences que je peux voir à chaque passage d’un peu plus haut, d’un peu plus loin. Paysage qui se révèle quand le marcheur s’élève et découvre, récompense de l’effort, ce grand livre ouvert qu’il ne pouvait ni lire ni comprendre, de trop près, de trop bas.

    Ce qui était désordre s’organise, ce qui l’interrogeait prend sens. C’était donc cela ce labyrinthe épuisant, ces impasses trompeuses, cette route interminable ?

    Cette carte mentale qui s’ouvre, se dévoile, se développe, se déchiffre mieux, s’explique en partie du moins. Car il ne faut pas rêver, livre, carte, plan, rien de tout cela ne sera définitivement connu. Et c’est sans doute le plus difficile, en tous cas pour moi - savoir que rien ne sera jamais fini, abouti, terminé. La danse des atomes ne s'arrêtera pas, et notre danse à nous se terminera, et encore est-ce bien certain, lorsque nous verrons enfin l’autre côté de la toile. 

A.D.C. 

















 
 

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